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  • L'antiwokisme en débats
  • L'antiwokisme en débats

    Liberté d’expression et liberté académique

  • Learry Gagné

  • 256 pages

  • Parution le 17 septembre 2024

  • Format 12 x 17 cm

  • ISBN : 978-2-924834-66-4

  • Prix : 25.95 $

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L'antiwokisme en débats

Liberté d’expression et liberté académique

À en croire le discours médiatique ambiant, nous vivons en ce moment une Grave Crise de l’Université. Aux États-Unis et en France, il ne se passe pas un mois sans que paraissent de nouveaux essais sous forme de cris d’alarme devant la mort imminente de cette chère institution. Le Québec n’échappe pas à cette agitation médiatique où l’on croirait voir de braves professeur·es qui glissent furtivement leurs manuscrits dénonciateurs entre les barreaux de leur camp de rééducation départemental.

La cause principale de cette crise est bien sûr le wokisme. C’est chose entendue : les wokes ont envahi l’université et ont soumis celle-ci à leur implacable hégémonie, entravant ainsi le travail des honnêtes scientifiques. Il n’y a désormais plus de vérité possible, tout est relativisme et idéologie, c’est le règne du ressenti.

Dans cet ouvrage non dépourvu d’humour caustique, Learry Gagné, philosophe spécialiste de l’épistémologie des sciences sociales, décortique méthodiquement le discours public d’intellectuel·les maniant une vision simpliste de la liberté d’expression au service de la préservation du statu quo.

Recensions et articles de presse

À la fin des années 2010 et au début des années 2020, les termes « woke» et plus tard « wokisme » se sont imposés comme des référents formidablement efficaces pour caricaturer et dénigrer de nombreuses luttes pour davantage de droits et de justice sociale. Learry Gagné, philosophe spécialisé en épistémologie des sciences sociales et woke décomplexé, propose dans son ouvrage « d’exposer ce qui est en jeu dans le débat sur le wokisme », en particulier en ce qui concerne les questions de liberté d’expression et de liberté académique. Selon l’antiwokisme, explique Gagné, les wokes sont antiscience, dogmatiques, sectaires, les vrais racistes (puisqu’iels préconisent le retour du concept de race en sciences sociales). Pire encore, les wokes se seraient infiltrés dans nos institutions pour les contrôler et contribuent par leur intolérance à repousser la population vers la droite radicale. Face à ces menaces, l’antiwokisme promeut une philosophie « fondée sur l’universalisme humaniste » et se proclame en défense de la liberté d’expression et de la science. Ce courant se caractérise également par un certain conservatisme intellectuel, et ce même s’il réunit des intellectuel·les d’horizons variés (souvent de droite mais aussi d’une gauche parfois qualifiée de traditionnelle). Dans les débats en ligne, l’expression « montrer les reçus » (showing the receipts) réfère au fait de démontrer par des preuves tangibles ce qu’on affirme. On pourrait dire que Learry Gagné est un collectionneur de reçus de niveau olympique : le livre est terriblement bien documenté. C’est là un atout essentiel puisque l’antiwokisme tend à construire des épouvantails à partir de légendes et d’accusations contre des cibles souvent imprécises. La controverse autour du collège Evergreen, qu’il serait trop long de présenter en détails ici, en constitue un cas d’école. Plusieurs figures québécoises (Mathieu Bock-Côté, Joseph Facal mais aussi Alain Deneault) la racontent en se basant principalement sur une source : un youtubeur et gamer français, proche de l’alt-right, connu sous le nom de Sanglier Sympa. Or, comme pour la plupart des cas anecdotiques mis de l’avant par l’antiwokisme, un regard attentif sur l’affaire vient considérablement dégonfler les accusations hyperboliques d’autoritarisme ou de nouvel ordre moral imposé par les wokes. Le travail de Gagné fait également œuvre utile pour interroger les bases philosophiques de l’antiwokisme, notamment la référence fréquente mais souvent tronquée aux écrits de John Stuart Mill (Normand Baillargeon, par exemple, les évoque régulièrement). Sur les enjeux de liberté d’expression à l’université et dans le champ scientifique, l’auteur fait preuve d’une finesse qui manque grandement aux discussions du moment. De fait, le débat n’est pas libre en science. C’est par un ensemble de mécanismes élaborés, incluant la marginalisation voire l’exclusion de thèses pseudo-scientifiques ou démagogiques, que la connaissance peut progresser. Au final, L’antiwokisme en débats montre par l’exemple qu’un véritable « libre débat d’idées » doit « prendre au sérieux l’argumentation d’autrui » et « engager le débat sur des bases rationnelles ». Hélas, c’est rarement le cas au sein de ce courant de pensée, malgré ce que ses adeptes proclament à grands cris. Philippe de Grosbois

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