Le crépuscule enrouillé du safran
On connaît si peu Agha Shahid Ali. Aussi peu, peut-être, que la région qu’il porte avec fureur et amour dans Le pays sans bureau de poste : le Cachemire. Voilà que l’habile et rigoureuse traduction de Frédérick Lavoie — et la sagace préface de Camille Auvray — nous ouvre sur ses merveilles. Aussi brillant dans sa forme — résolument libre et exploratoire — que dans son verbe pétri d’émotions et d’histoires, son recueil le plus célèbre nous invite dans un Cachemire déchiré entre son joug militaire et ses beautés himalayennes. L’instance poétique y offre « la routine assombrie de son sang », fouillant « la nuit confisquée » pour y retrouver la voix des milliers de disparus. Poète de l’exil, Shahid Ali montre un syncrétisme, un amour et une survivance qui rappellent l’ardent Gaston Miron, venu d’un pays « cousu à ton ombre ». Pris dans l’étau d’une bêtise expansive, ce territoire et les gens qui le peuplent trouvent ici une bouleversante libération : « Le soir arrive. Le coton se déchire. Un tisserand s’agenouille, cueille les fils tombés. Bientôt, il coudra l’air. »
Yannick Marcoux
Le pays sans bureau de poste
★★★★ Agha Shahid Ali, traduit par Frédérick Lavoie, Rue Dorion, Montréal, 2025, 124 pages





