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Les éditions de la rue Dorion

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  • Le hijab, leur obsession et nous
  • Le hijab, leur obsession et nous

  • Liza Hammar

  • 180 pages

  • Parution le 7 avril 2026

  • Format Poche (17 x 12 cm)

  • ISBN : 978-2-925603-04-7

  • Prix : 29.95 $

  • --- Format e-pub ---

  • ISBN : 978-2-925603-05-4

  • Prix : 22.99 $

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Le hijab, leur obsession et nous

Partout, on assiste à une radicalisation de l’islamophobie, avec ses contours virilistes et complotistes et son nationalisme acerbe, souvent violent, voire génocidaire. Contre le fantasme essentialiste visant la domination des corps et des pensées des femmes musulmanes, Liza Hammar oppose l’exercice du libre arbitre et d'agentivité dont elles disposent déjà. Pour cela, elle puise autant dans son expérience intime que dans une littérature riche, aussi bien sur le plan spirituel et religieux que social et politique.

Ancré entre la France et le Québec, cet essai mêle rigueur académique et récit personnel pour interroger l’obsession politique sur le hijab. Liza Hammar, chercheuse féministe et musulmane, propose une lecture matérialiste des violences systémiques visant les femmes portant le voile. Elle explore la foi, les logiques de domination, ainsi que les impensés du féminisme et du progressisme. Un texte critique, nuancé, essentiel.

Liza Hammar, établie entre le Québec et la France, est doctorante en études littéraires à l’Université du Québec à Montréal. Dans ses recherches, inscrites en études littéraires, féministes et décoloniales, elle s’intéresse à la notion de réparation et à l’écriture.

En Europe, ce livre paraît aux éditions Daronnes.

Le lancement a lieu le jeudi 9 avril à 18h30 au Bâtiment 7 (1900 rue le Ber, Mtl)

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Recensions et articles de presse

Dépasser les idées reçues : la chercheuse Liza Hammar recadre le débat sur le voile

Par Nouri Nesrouche, journaliste, La Converse

Nouri Nesrouche

18 avril 2026

Au Québec, comme en France, le voile musulman est critiqué au nom de la laïcité, de la protection des femmes, des valeurs occidentales ou encore de l’égalité hommes-femmes. À l’inverse, des lignes de défense s’organisent autour de la liberté individuelle et contre l’invisibilisation de celles qui le portent et leur exclusion de certains emplois, notamment en raison des lois 21 et 94.

Avec Le hijab, leur obsession et nous, la chercheuse Liza Hammar tente de briser le cercle vicieux. À l’invitation de son éditeur québécois, La rue Dorion, l’autrice a rencontré son public, le 9 avril dernier, au Bâtiment 7, et a proposé une lecture critique des conceptions « figées » sur la question du choix du port du hijab, du fantasme du « dévoilement » ou encore des analyses qui excluent les enjeux de race, de genre, de classe et de religion.

Dans Lettre à mon hijab, dernier chapitre de cet ouvrage, elle résume ainsi sa position intime : « Tu n’es pas l’option la plus favorable à mon confort matériel, me lier à toi est même déraisonnable au regard de l’islamophobie dans le monde, mais la vie ne peut pas toujours être guidée par la quête de sécurité. La vie est surtout faite de Dieu, de recherche de justice, de résistance – et abdiquer n’a jamais libéré personne. »

‍Dans le Grand atelier du Bâtiment 7, une quarantaine de personnes prennent place sur des chaises serrées en rangées. Le lieu, marqué par des années de luttes communautaires et d’initiatives autogérées, confère d’emblée une tonalité politique à la rencontre. Cette soirée prend la forme d’un dialogue dense, presque frontal, entre l’autrice Liza Hammar et la politologue Fella Hadj Kaddour, devant un public attentif, familier des débats qui traversent le Québec.

Liza Hammar parle avec une retenue qui commande l’attention. Rien dans sa posture n’est laissé au hasard, mais au fur et à mesure que l’échange avance, la rigueur de la chercheuse laisse place à une voix plus habitée, presque intime. Cette tension entre rigueur et sensibilité n’est pas anodine : elle revendique comme livre de chevet Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, un texte qu’elle dit ne jamais avoir quitté depuis l’adolescence, et dont on retrouve ici une certaine manière consistant à lier simplicité apparente et profondeur.

Née dans un village kabyle d’Algérie, elle émigre en France à l’âge de sept ans, où elle grandit, étudie et s’engage dans différents espaces militants. Aujourd’hui doctorante en études littéraires à l’UQAM, elle poursuit des recherches sur la notion de réparation dans les champs féministe, décolonial et auto-théorique. Son parcours s’inscrit dans divers registres (universitaire, politique et littéraire) qu’elle refuse de dissocier. Son livre prolonge cette démarche, qui fait tenir ensemble analyse théorique et expérience vécue.

Sortir du piège du « choix » individuel

D’emblée, Liza Hammar remet en question la pertinence du débat sur le hijab, qu’elle qualifie de « cul-de-sac intellectuel » quand il est ramené à une question de choix individuel. Pendant des décennies, explique-t-elle, les femmes musulmanes ont été sommées de prouver leur capacité à choisir. Mais, tranche-t-elle, « je ne veux pas prouver à mes bourreaux que je suis libre, je tourne le dos à leur cynisme ».

L’exigence, qui oblige les femmes en hijab à se justifier en permanence, enferme davantage qu’elle ne libère, selon elle, d’autant plus qu’ « il n’y a personne qui s’inquiète vraiment de savoir si on est vraiment libre ou pas – parce que par ailleurs, on ne l’est pas pour d’autres raisons, mais ça, bizarrement, personne ne s’en préoccupe ».

Ce déplacement est central : au lieu d’interroger les conditions sociales, politiques et économiques dans lesquelles ce choix s’inscrit, le débat se concentre sur une validation individuelle et masque, dit-elle, les effets concrets des lois. « Ce sont des lois extrêmement violentes », affirme-t-elle en entrevue, évoquant des dispositifs québécois comme la loi 21 et la loi 94. « Elles n’ont pas les mêmes histoires que celles en France, précise-t-elle, mais elles ont les mêmes effets et visent les mêmes femmes. »

L’automne dernier, le gouvernement de la Coalition avenir Québec a adopté la loi 94, qui vise à resserrer les règles de la loi 21 afin d’assurer la neutralité religieuse de l’État dans l’espace public. Face aux nombreuses critiques, le premier ministre de l’époque, François Legault, avait alors répondu en écrivant, le 27 novembre 2025, sur ses réseaux sociaux : « Pourquoi ? Parce qu’au Québec, l’égalité entre les femmes et les hommes, et la liberté de conscience et de religion, c’est non négociable. Parce que la laïcité fait partie de qui on est. C’est un principe qui nous rassemble, fidèle à nos valeurs. Parce que, oui, c’est comme ça qu’on vit au Québec. »

Dévoilement : un récit dominant à déconstruire

Un autre aspect central de l’échange s’attaque à la valorisation médiatique du « dévoilement » comme symbole universel de libération. Les récits de femmes qui retirent leur hijab sont omniprésents dans les médias et sont souvent présentés, selon l’invitée, comme des expériences d’émancipation.

Au cours de l’entretien, elle précise : « Ce qui m’intéresse, ce n’est pas de juger ces femmes, mais de comprendre comment leurs récits sont utilisés. » Selon elle, « se dévoiler au nom de la liberté correspond exactement au fantasme blanc patriarcal ». Elle évoque une forme d’instrumentalisation : « On célèbre ces histoires, mais en même temps, on les utilise sans vraiment reconnaître la violence qu’elles racontent. »

Liza Hammar déconstruit cette narration, y décelant une mise en récit normative, « presque un genre littéraire à part entière » qui ne correspond pas aux expériences réelles et à la multiplicité des situations : dévoilement forcé dans des contextes légaux, dévoilement ponctuel dans des espaces intimes, gestes quotidiens non politisés... Des situations volontairement effacées dans le discours dominant, selon elle, car elles empêcheraient de maintenir une opposition simple entre oppression et liberté.

Liza Hammar confie avoir été contrainte, à l’adolescence, de retirer son hijab pour aller au lycée, en France, dans le cadre de l’application de la loi de 2004. « Je me suis dévoilée tous les jours pendant trois ans devant mon lycée. Ce n’était pas une libération, c’était une humiliation », témoigne l’invitée. Le dévoilement, dans ce cas, conclut-elle, n’a rien d’une libération et devient une contrainte sur le corps, sous le contrôle d’une institution qui impose la norme et en vérifie l’application.

Le hijab pour échapper aux normes ?

L’ adolescence a été un moment de bascule pour Liza Hammar, qui raconte avoir porté le hijab à cette période de sa vie, mais pas sous la contrainte. « À 14 ans, je voulais m’extraire du regard masculin », confie-t-elle.

Elle décrit un environnement marqué par la sexualisation précoce et la pression à se conformer à des normes hétérosexuelles. Dans ce contexte, et contrairement aux idées reçues, ce geste n’exprime pas, selon elle, une soumission aux normes sociales, mais constitue plutôt une tentative d’y échapper. « Je voulais être rencontrée au-delà de mon corps. »

Partant de sa propre expérience, Liza Hammar invite à refuser les simplifications et à interroger la complexité des trajectoires. Car les familles d’origine, comme la sienne, peuvent être traversées par des positions diverses : religieuses, laïques, athées. Elle souligne également que les sociétés dites « d’origine » sont elles-mêmes hétérogènes, et que « l’Occident n’a pas le monopole du rejet du voile ».

Critique des angles morts des milieux progressistes

Fella Hadj Kaddour interroge ensuite l’invitée sur la critique qu’elle réserve dans son ouvrage à des contradictions qui traversent, selon elle, la gauche et certains féminismes, particulièrement en France. Liza Hammar décrit en effet des milieux progressistes capables de reconnaître l’islamophobie comme forme de racisme, mais incapables d’intégrer pleinement la dimension spirituelle des personnes concernées.

Dans ces espaces, dit-elle, être croyante expose à une forme de disqualification intellectuelle. D’ailleurs, « j’ai été appréhendée comme une imbécile parce que j’adore Dieu », lance-t-elle avec une pointe d’humour. Sur le terrain, elle reproche à une partie de la gauche de ne pas mesurer pleinement les conséquences des lois sur les femmes musulmanes. C’est le cas en France, mais aussi au Québec, où des syndicats, illustre-t-elle en entrevue, conseillent aux femmes en hijab qui sont frappées par les lois 21 et 94 d’attendre d’être licenciées plutôt que de démissionner. « On est face à une discrimination à l’emploi. Le fait qu’elle soit légale ne change rien. »

Liza Hammar nuance cependant son propos en admettant que le terrain n’est pas aussi vide et qu’« il y a des personnes et des collectifs qui font ce travail ». Elle juge toutefois que ce n’est pas suffisant : « Je pense que les efforts de ces organismes-là et de ces militants-là ne sont pas soutenus de manière assez franche par le reste de la gauche. »

Au chapitre consacré aux solutions, elle écrit : « Face à une exclusion extrêmement violente de bien trop d’espaces et à une précarisation terrible touchant les femmes musulmanes portant le hijab, l’émergence des féminismes musulmans répond à un isolement politique. » Des féminismes qui, selon elle, renvoient à un spectre de luttes féministes investies par des femmes « qui non seulement ne voient pas d’opposition entre leur islamité et leur féminisme, mais avancent avec ces deux appartenances de manière concomitante et politiquement enrichissante. Appréhender l’islam depuis des perspectives féministes. »

Une maison d’édition comme espace de cohérence

Le choix de publier aux Éditions de la rue Dorion s’inscrit dans cette logique. Fondée en 2012 à Montréal, cette maison indépendante occupe une place singulière dans le paysage de l’édition au Québec. Son catalogue inclut des essais politiques, des pensées décoloniales, des travaux critiques, des écrits issus de luttes sociales ou encore des traductions comme celle de l’ouvrage édifiant Le nettoyage ethnique de la Palestine d’Ilan Pappé. Publier Le hijab, leur obsession et nous dans ce cadre relève d’une cohérence politique, mais constitue aussi un risque éditorial.

Liza Hammar explique avoir refusé plusieurs propositions en France afin de ne pas sacrifier l’intégrité de son propos pour une offre éditoriale qui « voulait réduire mon livre à la question des discriminations ». Ici, la collaboration avec La rue Dorion s’est construite autrement, car, dit-elle, « on m’a laissée aller au bout de mes idées ».

Elle souligne aussi l’importance des espaces éditoriaux indépendants : « Participer à ces espaces, c’est aussi une manière de faire circuler d’autres pensées. »

Le public interroge : entre la France et le Québec, des différences… et des similitudes

Une fois la parole donnée au public, plusieurs interventions déplacent la discussion vers une comparaison directe entre la France et le Québec. Une question revient : que signifie publier un tel livre dans deux contextes à la fois distincts et de plus en plus similaires ?

Liza Hammar répond d’abord par un constat nuancé. « J’ai l’impression qu’il y a de moins en moins de différences malheureusement entre la France et le Québec », avance-t-elle, tout en refusant de confondre les deux. Elle évoque son expérience en France, où les formes d’islamophobie restent, selon elle, plus frontales, contrairement au Québec, où le racisme, dit-elle, lui apparaît parfois plus difficile à saisir : « Au début, j’avais du mal à le lire… Je ne comprenais pas pourquoi ça me mettait mal à l’aise. »

Au fil des échanges, une idée s’impose : l’islamophobie ne se limite pas aux contextes nationaux. « Ça circule au niveau international », insiste l’autrice, évoquant des dynamiques plus larges, où se croisent discours politiques, héritages coloniaux et montée de certaines idéologies.

La soirée se termine sans rupture nette. Les discussions se prolongent autour de l’autrice, qui signe des exemplaires de son ouvrage et échange avec le public sur certaines nuances. Il y a là moins de certitudes, et plus de complexité. Le débat, ici, ne se clôt pas : il se déplie.

Que signifie le port du hijab dans une société islamophobe?

Un nouveau livre interroge l’obsession politique sur le hijab et propose une réflexion collective menée par le féministes musulmanes.

4 mai 2026

Par Bifan Sun, journaliste, Pivot

Dans la foulée des législations anti-hijab et face à la montée mondiale de l’islamophobie, la chercheuse féministe, Liza Hammar, interroge l’obsession politique autour du hijab dans un livre qui vient de paraître. En puisant dans son expérience personnelle et dans la littérature féministe musulmane, elle propose d’appréhender le port du hijab comme une condition collective marquée par des violences matérielles et spirituelles.

Au cours des six derniers mois, Québec a adopté deux projets de loi (PL 94 et PL 9) ayant pour effet d’élargir l’interdiction du port de signes religieux introduite par la Loi sur la laïcité de l’État (loi 21) en 2019. Bien que ces législations s’appliquent à toutes les religions, elles ont bafoué de manière disproportionnée les droits et libertés des femmes musulmanes portant le hijab, en plus d’intensifier l’islamophobie dans la société québécoise. Depuis sept ans, plusieurs individus et organismes de défense des droits contestent la loi 21, et ce, jusqu’à la Cour suprême du Canada.

C’est dans ce contexte que la chercheuse féministe, Liza Hammar, a publié au début du mois d’avril son livre Le hijab, leur obsession et nous, qui interroge cette obsession politique sur le hijab.

Née dans un village kabyle en Algérie, Liza Hammar a immigré en France avec sa famille à sept ans, avant de partir au Québec en 2022 pour y poursuivre ses études supérieures. Elle est aujourd’hui doctorante en études littéraires à l’Université du Québec à Montréal.

Durant sa jeunesse, Liza Hammar s’intéressait à la littérature religieuse. À quatorze ans, elle a commencé à pratiquer cette tradition islamique qu’est le port du hijab, alors qu’aucune femme de sa famille ne le portait et que ses parents la dissuadaient de le porter, redoutant les violences islamophobes auxquelles cela l’exposerait. En 2004, la France a adopté une loi interdisant aux élèves des écoles publiques de porter des signes religieux, au nom de la laïcité. Dès lors, Liza Hammar raconte une adolescence marquée par l’humiliation d’être forcée d’enlever son hijab pour avoir accès à l’éducation.

Elle a vite réalisé que cette islamophobie institutionnelle ne s’arrêtait pas au milieu scolaire, elle imprégnait tous les recoins de la société et dépassait les frontières. Les humiliations, les discriminations et les exclusions qu’elle a vécues au quotidien l’ont amenée à réfléchir partout et tout le temps au sens du hijab, ainsi qu’aux conséquences et aux origines de cette islamophobie dans les contextes français et québécois. Entre récit personnel et essai académique, Le hijab, leur obsession et nous est le fruit de ces réflexions.

Se réapproprier le sens du hijab

L’autrice soutient que le geste de couvrance s’inscrit dans l’appel du Coran à la pudeur corporelle et au respect de l’intimité, mais que dans les sociétés contemporaines, les hommes ont monopolisé l’interprétation des textes religieux pour que le voilement serve à exclure les femmes des espaces publics et politiques, à maintenir ainsi le patriarcat.

Cependant, elle souligne que la signification du hijab, tout comme d’autres pratiques et traditions, « se façonne et se négocie au gré des contextes et des volontés collectives ». « Y compris au niveau individuel, les raisons derrière le port du hijab sont très mouvantes, à la fois spirituelles, psychologiques, culturelles et politiques », explique-t-elle en entrevue.

Liza Hammar se souvient qu’elle a commencé à porter le hijab parce qu’elle se sentait mal à l’aise avec les transformations de son corps d’adolescente et la sexualisation dont elle a d’emblée fait l’objet. Ce geste, vu rétrospectivement par elle-même, était un moyen de se protéger dans une société patriarcale et de se soustraire à un regard sexualisant. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles de nombreuses femmes portent le hijab, comme le confirment plusieurs recherches menées sur le sujet.

« Il n’y a rien de très spécial ou de très mythique là-dedans », dit-elle en souriant, « c’est ce que font les femmes depuis toujours, c’est-à-dire de se présenter au monde d’une façon ou d’une autre, de jouer avec les codes du patriarcat. De manière générale, je dirais que les groupes dominés font ça depuis toujours, pour pouvoir survivre. Pour moi, le hijab s’inscrit là-dedans ».

L’important est de mettre de l’avant « la subjectivité politique des femmes qui le portent et qui œuvrent, par-delà les significations assignées, par des détournements et des subversions, à créer le sens qui est le leur », écrit-elle dans le livre.

Pour l’autrice, porter le hijab est une subversion de l’hétérosexualité, exprimant que « les corps des femmes ne sont pas des objets de désir à la disposition des hommes », tout comme porter des vêtements peu couvrants en affirmant que la nudité des femmes n’est pas une invitation, il s’agit de « deux stratégies différentes qu’il serait absurde d’opposer ».

« Au contraire, les deux visent à faire signifier autrement la présence physique des femmes et des minorités dans l’espace public », poursuit-elle. Dépasser l’individuel

Liza Hammar souligne que l’un des plus grands préjugés par rapport aux femmes portant le hijab est qu’elles sont toutes forcées par un père, un frère ou un mari, au point que les débats sur leur libre arbitre dominent toutes les réflexions sur le hijab.

« Je crois fermement que la question du choix, du libre arbitre, est un cul-de-sac intellectuel, politique et spirituel. Elle nous enferme dans une réflexion interminable et fondamentalement individuelle », écrit l’autrice dans le livre. Elle reconnaît que cette question a été nécessaire et pertinente pendant un certain temps, mais qu’elle empêche d’appréhender le port du hijab comme une condition collective, marquée notamment par les conséquences matérielles des législations qui restreignent cette pratique.

« Il s’agit d’une précarisation d’abord matérielle », avance-t-elle en entrevue. « Pour moi, les mesures anti-hijab, c’est avant tout une attaque contre les travailleuses qui portent le hijab. Le nerf de la guerre, c’est l’accès à l’emploi, à un salaire décent et à des conditions de travail décentes ».

Suite à l’adoption du PL 94 et du PL 9, qui interdisent le port de signes religieux au personnel des centres de services scolaires, des CPE et des garderies subventionnées, de nombreuses femmes portant le hijab ont perdu leur emploi.

D’ailleurs, en réponse à ces pertes d’emploi collectives, l’ancien ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, qui a présenté le PL 94, a publiquement déclaré que ces femmes « ont fait le choix de perdre leur emploi ». « Je crois fermement que la question du choix, du libre arbitre, est un cul-de-sac intellectuel, politique et spirituel. Elle nous enferme dans une réflexion interminable et fondamentalement individuelle. » -- Liza Hammar Liza Hammar ajoute que ces précarisations systémiques ont pour effet de pousser davantage les femmes portant le hijab dans le travail reproductif, comme le travail du care et le travail domestique, qui est invisibilisé et fortement exploité par le capitalisme et le patriarcat.

Il s’agit ainsi d’« une question matérielle qui touche à l’enjeu fondamental de l’organisation du travail reproductif ; en cela, il s’agit d’un enjeu qui concerne, stratégiquement, toutes les femmes, voire tout le monde, ou à tout le moins celleux qui aspirent à un monde plus juste », tranche l’autrice dans le livre. Féminismes musulmans à l’intersection des luttes

Liza Hammar souligne que les législations interdisant le port du hijab sont non seulement anti-féministes, mais aussi racistes, issues d’une histoire coloniale, impérialiste et suprémaciste blanche.

Dans son livre, elle soutient que la Loi sur la laïcité de l’État du Québec s’inscrit dans ce que la sociologue Sara Farris définit comme le « fémonationalisme », qui désigne l’instrumentalisation des causes féministes par des nationalistes pour faire avancer des agendas politiques racistes, xénophobes et impérialistes. Les projets de loi visant à renforcer la laïcité se justifient tous par l’égalité entre les hommes et les femmes comme étant l’une des valeurs fondamentales de la nation québécoise, un argument invoqué à maintes reprises par les élu·es de la CAQ.

D’après Liza Hammar, ces législations reposent sur l’idée erronée selon laquelle l’Islam serait intrinsèquement sexiste ainsi qu’une menace à la civilisation occidentale. Elles se défendent ainsi au nom de la libération des femmes musulmanes et de la protection des femmes non musulmanes.

Parallèlement, l’autrice dénonce également le fait que les hommes musulmans tendent à étouffer les revendications des femmes de leur communauté au nom de la lutte contre le racisme et l’impérialisme, le féminisme étant vu comme un rapprochement avec l’Occident. Les deux idéologies s’affrontent ainsi « sur le terrain du contrôle des corps des femmes musulmanes ».

Face à de multiples forces oppressives, les féministes musulmanes tracent leur propre voie. Elles réfléchissent d’un côté « à la transformation des interprétations des traditions et des pratiques religieuses au sein de l’Islam, c’est-à-dire de remettre en question les interprétations patriarcales, s’approprier les textes religieux », explique Liza Hammar. « De l’autre côté, il y a le fait de défendre les droits et libertés individuels et collectifs des personnes musulmanes et plus précisément, des femmes et des minorités de genre. »

Elle précise cependant que les féminismes musulmans sont pluriels et ont des priorités nuancées dépendamment de leurs contextes culturel, social et politique.

Elle ajoute également qu’il n’y a pas de contradiction entre les convictions religieuses des féministes musulmanes et les luttes politiques qui leur tiennent à cœur, contrairement aux préjugés de la majorité non religieuse. « C’est en puisant dans les traditions et les textes islamiques qu’on trouve des ressources pour alimenter notre vision du féminisme et notre vision de la société, qui doit tendre vers davantage de justice. »

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