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  • La caméra d'intervention
  • La caméra d'intervention

    Un dispositif au service de la bureaucratie de la punition

  • Alec Karakatsanis

  • Préface de Ted Rutland

  • Traduit de l'anglais par René Lemieux

  • 232 pages

  • Parution le 23 septembre 2025

  • Format 14,8 x 10,5 cm (A6)

  • ISBN : 978-2-924834-80-0

  • Prix : 19.95 $

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La caméra d'intervention

Un dispositif au service de la bureaucratie de la punition

Le juriste étasunien Alec Karakatsanis a fouillé dans plus d’une décennie de dossiers, de déclarations, de données financières et dans des centaines d’articles de presse portant sur les caméras d’intervention (les caméras corporelles) de la police aux États-Unis. Il conclut que la campagne publique visant à vendre ces caméras comme une « réforme » libérale est l’une des plus grandes supercherie de la copaganda (propagande policière) étasunienne moderne. Les chefs de police et les procureurs voulaient désespérément des caméras d’intervention, non pas parce qu’elles rendent responsables ou transparentes les forces de police, mais précisément parce qu’elles renforcent leur pouvoir, leur impunité et leurs budgets.

À l’heure où l’on voit, aux États-Unis comme ailleurs, la reprise en mains par la droite conservatrice et l’extrême droite des dispositifs de contrôle que démocrates, -libéraux ou progressistes se sont contenté d’aménager, voire de perfectionner sous couvert d’un réformisme fourvoyé, l’auteur nous invite à remettre en question les outils de répression et de surveillance. Par le biais de la critique de la caméra d’intervention, l’auteur fournit les outils pour remettre en question la taille, le pouvoir et les profits de la bureaucratie de la punition et ainsi enrayer le cycle de violence, de gaspillage, d’enrichissement d’intérêts privés et de manipulation du public.

Fondateur et directeur exécutif de Civil Rights Corps et considéré comme une sommité lorsqu’il s’agit d’analyser le système pénal étasunien, Alec Karakatsanis met à profit son expertise juridique pointue pour s’opposer aux injustices, notamment raciales. Il vient également de faire paraître Copaganda (The New Press, 2025). Il verse ses droits d’auteurs à la coalition Stop LAPD Spying. Ted Rutland est géographe, chercheur interdisciplinaire et militant de l’abolitionnisme policier basé à Montréal/Tiohtià:ke.

En Europe, cet ouvrage paraîtra en février 2026 chez Atelier téméraire.

Les royautés de l'auteur seront remises à la coalition Stop LAPD Spying, un groupe communautaire qui travaille à l'abolition de l'État policier.

Recensions et articles de presse

« La caméra d’intervention » : l’envers caché de la surveillance policière

L’avocat américain Alec Karakatsanis expose dans son nouveau livre les origines et les dangers des caméras corporelles.

Simon Gionet, Le Devoir, 8 décembre 2025

« On est tannés de l’impunité et on veut des caméras corporelles maintenant », lançait aux médias en septembre dernier Francisco Fabian Castro, l’organisateur d’une manifestation à la mémoire du jeune Nooran Rezayi, quelques jours après que l’adolescent de 15 ans eut été tué par les tirs d’un policier du Service de police de l’agglomération de Longueuil.

En l’espace d’une décennie, l’implémentation des caméras corporelles dans les services policiers s’est imposée dans le débat public nord-américain sur la brutalité et la transparence policières. Chaque mort qui s’ajoute au bilan des civils tués lors d’une intervention, au Canada comme aux États-Unis, relance le débat sur leur usage et les promesses qu’on leur attribue : celles de responsabiliser les policiers en action et de les forcer à répondre de leurs actes en cas de violence ou de mort.

Pratiquant le droit depuis plus de dix ans, l’auteur américain Alec Karakatsanis entreprend de démanteler cette prémisse en exposant les revers de cette technologie dans La caméra d’intervention. Un dispositif au service de la bureaucratie de la punition, paru plus tôt cet automne en français au Québec aux Éditions de la rue Dorion.

Dans cet essai de la taille d’un petit manuel d’instruction, il décrit un outil d’abord pensé et voulu par la police et les entreprises de surveillance et d’armement, présenté à tort comme une solution qui amènerait plus de transparence et de responsabilité — et qui, de surcroît, s’attaque aux communautés plus vulnérables.

L’avocat et fondateur de l’organisation de défense Civil Rights Corps puise ses réflexions dans sa longue expérience de navigation dans le système judiciaire et carcéral des États-Unis. « Une bureaucratie de la punition », écrit-il, en se référant à l’appareil répressif dont font partie le gouvernement, ses institutions et les entreprises affiliées au monde de la surveillance.

Ce qu’il a vu, notamment à ses débuts comme avocat à l’aide juridique, « a fondamentalement changé le cours de [s]a vie », dit-il. Entre injustices flagrantes, lois absurdes et conditions d’emprisonnement brutales, il a surtout constaté que l’incarcération de masse états-unienne s’est aggravée à coups de mauvaises réformes. L’intégration des caméras d’intervention est la plus récente d’entre elles, affirme-t-il.

Un tournant décisif

À partir d’extraits de documents et de déclarations de chefs de police ou d’entreprises de surveillance, Alec Karakatsanis soutient que ces caméras étaient surtout vues comme un instrument privilégié pour accroître la surveillance de certains quartiers, influencer le comportement des foules durant une manifestation ou colliger des données vidéo qui pourraient faciliter les condamnations pénales ou protéger les policiers de plaintes civiles jugées non fondées.

« Les corps de police et les entreprises [d’armement ou de surveillance] les voulaient désespérément depuis longtemps, mais elles n’avaient jamais réussi à obtenir les milliards de dollars nécessaires pour les déployer à l’échelle du pays », explique-t-il. « Jusqu’à ce qu’elles changent de stratégie de propagande. »

La mort de Michael Brown en août 2014 à Ferguson, qui fut tué par le policier Darren Wilson, leur a fourni cette occasion, poursuit l’avocat. Son décès secoue alors l’opinion publique et déclenche une série de violentes manifestations contre la police dans cette ville du Missouri. « Le public était scandalisé et très préoccupé par la brutalité policière, et voulait que quelque chose soit fait », rappelle l’avocat. Et la pression d’agir, ajoute-t-il, s’accentuait sur Washington et les États.

L’avocat s’affaire à montrer que, dans la foulée, les corps policiers et les entreprises du secteur, à commencer par Axon — la compagnie à l’origine du pistolet Taser —, ont réorienté leur discours sur les caméras corporelles en les présentant comme une solution qui pourrait réduire la violence policière et responsabiliser les agents. Avec succès, ajoute Alec Karakatsanis : le financement de dizaines de milliers de caméras par le gouvernement de Barack Obama en 2015 insufflera d’ailleurs un élan majeur à l’industrie, qui a depuis enregistré des millions de dollars de profit.

De Freddie Gray à George Floyd, en passant par Breonna Taylor, la mort d’Américains noirs aux mains de la police et son instrumentalisation n’ont fait qu’accélérer le déploiement des caméras à l’échelle des États-Unis, écrit Alec Karakatsanis, bien que plusieurs études et projets pilotes remettent en doute leur efficacité. L’avocat écorche au passage plusieurs voix progressistes et les médias états-uniens qui, de l’Associated Press au New York Times, ont rarement contesté selon lui le discours qui présente la caméra corporelle comme un outil de responsabilisation et de transparence.

Se tourner vers des « valeurs communes »

Il reste qu’à l’heure actuelle, plusieurs familles et communautés affectées par la brutalité policière demandent justice et croient au recours de ces caméras corporelles. Que leur répondrait l’avocat sur cette question ? « C’est important de commencer par des valeurs communes », répond Alec Karakatsanis. « De se dire que nous avons cette conversation parce que nous voulons moins de violences policières, moins de meurtres commis par la police, et plus d’égalité et de sécurité. »

Il invite à réfléchir à des mesures plus systémiques et prometteuses qui peuvent changer les corps policiers et le système judiciaire : une plus grande participation démocratique des citoyens dans les institutions qui assurent leur sécurité, des mesures qui rendent les policiers plus responsables ou encore davantage de ressources communautaires.

Par sa brièveté, l’essai n’offre ni une analyse détaillée ni une compréhension fine des études sur les caméras corporelles aux États-Unis et comporte sa part de généralisation. Il a toutefois le mérite de présenter l’envers peu connu de cette technologie, dans le contexte où son utilisation, notamment à Montréal, revient dans l’actualité. C’était l’un des souhaits de l’avocat. « Je veux simplement que les gens qui veulent une société moins violente aient les outils nécessaires pour contrer la propagande incessante qui les entoure », dit-il.

La caméra d’intervention. Un dispositif au service de la bureaucratie de la punition

Alec Karakatsanis, traduit par René Lemieux, Éditions de la rue Dorion, Montréal, 2025, 232 pages.

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